3 ans plus tard : tristesse et colère.

Il y a exactement 3 ans, nous étions expulsé.es du LEØ de Pantin, dans lequel nous avions vécu 4 ans. Le motif : des travaux urgents devaient commencer. Malgré le soutien de la justice, la ville de Pantin n’avait pas souhaité agir en notre faveur pour que nous puissions y poursuivre nos actions solidaires et écologiques. Et c’est à Noisy-le-sec que nous avons été invité.es, pour la suite de nos aventures.

Pendant 4 ans nous avons occupé, et remis en état cet entrepôt de 4 000m2. Ce local à l’abandon depuis des années est devenu notre foyer, le lieu d’activité d’innombrables associations, il a vu se réaliser tellement de projets, a servit d’espace de rencontres et de réflexion où tout y était totalement gratuit : des expos, des projections, des conférences, des spectacles, des ateliers…

Un lieu d’échanges politique, humain et matériel. Un lieu ressource.

4 000 m 2 qui ont servit de refuge à de très nombreuses femmes et familles sans abris, des dizaines de mineurs isolés et même accompagné les premiers jours et les premiers pas des bébés du LeØ (voir le bilan des années passées à pantin).

Ces 4000 m2, qui 3 ans plus tard sont toujours inoccupés.

La vie a laissé place au vide.

Et le vide a laissé place au délabrement.

Sans le soin que nous apportions au bâtiment, celui ci c’est dégradé, fortement.

Voilà le résultat de décisions d’hommes politiques capitalistes déshumanisés, qui préfèrent utiliser l’argent public pour enfermer le vide, au risque que la vie puisse trouver du sens sans eux.

Nous avons pu y retourner récemment pour récupérer les arbres laissés dans la cour et avons pu visiter l’intérieur du bâtiment. Nous avions laissé le bâtiment vide, en bon état (Voir ICI )

Voilà les photos de ce qu’il est devenu :

Pour rappel, enfermer le vide coûte cher, avec bien sur de l’argent public. Nous avions chiffré cela dans cet article soit environs 21 000 euros/mois ( ARTICLE). Ça fait 3 ans… et combien de bâtiments sont ainsi gardiennés pour empêcher à toute personne de s’abriter ou a des collectifs d’avoir des espaces d’organisation. Combien de lieux de vie on été fermés, dont les occupant.es on été mis à la rue et qui des années plus tard sont toujours vides ? Les arguments lors des procès sont toujours les mêmes, les habitant.es sans droit ni titre empêchent un projet incroyable et utile pour le quartier, il faut expulser en urgence !

Le résultat :

La DSXL expulsée en 2019, inoccupée depuis :

La Baie vitrée expulsée en 2021 (si ma mémoire est bonne), toujours rien lorsque les photos ont été prises (il y a quelques mois désormais) :

Le 249, rue de Charenton dans le 12ème, occupé en Janvier 2020, expulsé fin 2021, toujours vide. La Chatière à Pantin, idem.

Les exemples sont très très nombreux et la documentation bien trop rare.

Alors oui on est triste, d’avoir perdu notre foyer et nous sommes très en colère de subir ces politiques absurdes et mortifères menées par des hommes déconnectés du sens de la vie, mais on reste extrêmement privilégiées, nous n’avons pas subits de violence lors de notre expulsion, nous avons trouvé un local pour l’asso et avons un réseau solidaire pour nous accueillir. Ce n’est pas la cas des autres personnes expulsées, qui se retrouvent du jour au lendemain sans rien, en ayant parfois subit d’intenses violences, sans avoir pu récupérer leurs bien ou leurs papiers.

Pour rappel :

30 500 expulsions locatives manu-militari en 2025 : violence sociale, honte nationale ! Le nombre d’expulsions forcées exécutées par la police, sur décision du préfet, s’est monté à 30 500 en 2025 selon les Commissaires de justice (ex huissiers), soit une hausse de 27% d’une année sur l’autre.
Jamais en France on avait expulsé par la force autant de familles. Ce sont les plus fragiles qui sont expulsés, et de plus en plus souvent abandonnés à la rue et à la très grande précarité. Environ 60 000 habitants ont été expulsé en 2025

Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur c’est :
2 fois plus qu’en 2015 : 14 360 expulsions manu militari
3 fois plus qu’en 2005 : 10 163 expulsions manu militari
6 fois plus qu’en 1995 : 4675 expulsions manu militari
9 fois plus qu’en 1983 : 3305 expulsions manu militari source : DAL

Et on fait quoi de tout ça ?

On se regroupe, on lute et on soutien cell.eux qui en ont besoin.

Si l’état est défaillant en terme de solidarité et d’hébergement, la société civile se bouge et est efficace. De nombreux collectifs et association œuvrent dans l’ombre, il y a beaucoup d’agitation autour de la mise à l’abri l’hiver, mais cet épisode caniculaire risque d’être tout autant mortel pour les personnes précarisées et/ou sans abris.

Il est plus que temps d’agir !

Niveau 1 : on file des sous

On pense notamment aux camarades de la Kunda qui risquent l’expulsion, une cagnotte est en ligne ICI

« La Kunda est un squat ouvert en 2020, à Vitry-sur-Seine. Nous sommes environ 70 habitant·es de tous âges et se trouvant pour la plupart dans des situations administratives et financières difficiles. La Mutuelle de la Kunda est une caisse de solidarité autogérée et à prix libre créée dès l’ouverture de la Kunda. Face aux grandes inégalités de ressources entre les habitant·es, un système de mutualisation a été mis en place afin d’organiser la redistribution mensuelle de ces ressources. En parallèle, cette caisse est alimentée par la mise à disposition à prix libre de la cuisine professionnelle de la Kunda et par les événements de soutien que nous organisons (soirée de soutien, cantine mensuelle,  etc.). Notre objectif principal est d’assurer un minimum de subsistance et d’autonomie financière pour toustes les habitant·es de la Kunda. 

L’expulsion imminente de la Kunda risque de faire disparaître cet espace de solidarité, nous voulons nous réorganiser pour que cette mutuelle perdure même si nous perdons notre maison ! Nous appelons donc à votre soutien : soutenir la Mutuelle de la Kunda via notre cagnotte, c’est défendre l’espace de solidarité inconditionnelle qu’est la Kunda !« 

Niveau 2 : on partage ses privilèges

Via l’association Rats des Villes

« Nous sommes des habitant.es solidaires de Seine-Saint-Denis qui se sont rencontré.e.s autour de réseaux d’entraide locaux (associations, collectifs, etc.) et qui s’organisons ensemble depuis de nombreuses années sur les questions d’accès aux logements des plus vulnérables.[…]Nous avons souhaité créer des lieux d’accueil et d’hébergement dignes, des espaces de vie et d’organisation collective stables sous la forme d’un réseau de cohabitations solidaires. Ces espaces ont pour vocation de pérenniser ces formes d’entraide pour faire face à la pauvreté, l’exclusion et la stigmatisation.« 

Comment aider ?

Il.les cherchent des garants pour ses colocations solidaires. Vous avez des papiers, un travail et une vie stable ? GO !

Il.les sont également à la recherche de propriétaires qui peuvent mettre des lieux à disposition gratuitement ou avec des loyers solidaires. Un logement vacant ? GO !

Ça fait des années qu’il.les travaillent sur ces sujets et sont super rodées, n’hésitez pas à les contacter : association.rats.des.villes@gmail.com

Niveau 3 : on accueille !

Une chambre libre dans la maison ? Un canapé inoccupé ? Un départ en vacances ? Ou même juste un week end ?

Devenez hébergeant.e solidaire !

Deux assos font ça depuis des années et savent s’adapter au mieux en fonction de vos possibilités.

Utopia 56 :

« Lors de nos maraudes, nous rencontrons à la rue des familles, des femmes seules, des couples et des adolescent·es qui s’apprêtent à passer la nuit à la rue. En fonction des situations, nous leur proposons de passer une nuit ou plus chez un·e hébergeur·se solidaire pour un temps de répit et de protection.« 

Un abri qui sauve des vies :

« Née en 2020 pendant le premier confinement, Un abri qui sauve des vies organise et encadre des hébergements citoyens pour les personnes victimes de violences conjugales et intrafamiliales. Grâce à l’engagement de particuliers ou professionnel(le)s qui prêtent une chambre ou un logement, elle apporte une solution humanisante, bienveillante et sécurisante pour mettre à l’abri des victimes, qui constitue le premier pas vers leur reconstruction. »

Et aussi, s’informer, militer, se rassembler

A l’appel du DAL, un rassemblement aura lieu ce soir à 17h pour soutenir des familles en attente de logement.

S’informer et participer à la Contre Attaque Juridique Organisée (CAJO) !

« La CAJO se veut être un outil collectif par et pour toutes les personnes mal logé.es : squatteuses, occupantes, locataires,… Partout les difficultés s’accentuent pour accéder à un logement. De plus en plus, il faut choisir entre se nourrir ou se loger. Face à ce constat, la CAJO est une réponse collective qui veut donner à toutes les moyens d’accéder à un savoir qui permet de s’autonomiser dans les défenses juridiques de nos lieux. L’objectif est d’en comprendre les enjeux et d’avoir le plus de cartes en main pour se défendre, en ne dépendant plus des avocates ou d’autres spécialistes qui ont leurs propres intérêts. Le but est également de construire des jurisprudences et de partager des réflexions collectives. Le contenu du site est collaboratif, tout le monde peut y contribuer. Les analyses des décisions de jurisprudence et les tutos sont issues d’expériences multiples et sont écrites par et pour des personnes concernées.« 

Suivre l’évolution de l offre d’hébergement étatique, notamment via Interlogement93 qui est en charge du SIAO (115) pour le département. On peut entre autre, voir que durant dernier trimestre 2025, le nombre d’appel quotidien était de 20 700. Avec une durée d’attente estimée à près de 2h et un nombre d’appel traité : 355/jour. Ça se passe de commentaires. (Source)

Il y aurait bien d’autres choses à dire, mais l’essentiel est là, les institutions et l’état laissent les plus précaires mourir dehors et sans une mobilisation durable, intense et solidaire, ça ne va faire qu’empirer.

A vous de jouer.